Enfin les chiffres et une analyse des internements psychiatriques en France !
Ce rapport de synthèse, présenté le 5 juin par la CCDH lors d’une
conférence de presse, 5 rue Jules César à Paris 12, a
été réalisé à partir des rapports des Commissions départementales des
hospitalisations psychiatriques, commissions chargées dans chaque
département de contrôler le bon respect des procédures d’internements
sous contrainte et de veiller au plein respect des droits de l’homme en
psychiatrie. Le rapport a donc été établi à partir de rapports officiels
mais non publiés que l’association s’est procurée en utilisant la loi de
1978 sur l’accès aux documents administratifs.
Au cours de cette conférence de presse, le rapport a été remis aux
personnes présentes et ses points forts ont été commentés.
Ainsi, ont été présentés les chiffres des internements sous contrainte
pour 2006 et 2007 (les derniers chiffres du Ministère de la santé datent
de 2005) ainsi que les départements dans lesquels les internements ont
triplé pendant que dans d’autres ils diminuaient de moitié.
Le non respect des procédures a été démontré département par département.
L’absence de contrôles est également développée dans ce rapport (124
hôpitaux psychiatriques ont répondu à une enquête sur les visites de
contrôle censées être réalisées).
Des hôpitaux où des atteintes à la dignité des patients ont été relevées
sont signalés dans le rapport et des signalements d’internements abusifs
sont également recensés.
Ce rapport dresse donc un bilan complet et unique des hospitalisations
sous contrainte en France avec des propositions écrites pour remédier à
l’absence de véritables contrôles qui transforme les hôpitaux
psychiatriques en zones de non-droit. Rappelons que la France est un
pays où il y a environ 3 fois plus d’internements qu’en Italie ou 2 fois
plus qu’en Angleterre, et que le gouvernement envisage de réformer la
loi du 27 juin 1990 sur ce sujet, théoriquement ce printemps mais plus
vraisemblablement à l’automne.
Il est donc temps de remédier à la carence d’informations sur ce
sujet. Ce document possède cette ambition. Vous pouvez le télécharger:
Les
internements psychiatriques en France - Rapport de synthèse - Avril 2009
Le IX congrès de psychiatrie biologique, congrès de la honte
Après avoir donné la parole à deux psychiatres faisant l’objet
d’enquêtes pour leurs liens non révélés avec l’industrie pharmaceutique,
un autre psychiatre, le Professeur Hans-Jürgen Möller, intervient
également au congrès qui a lieu actuellement porte Maillot à Paris,
alors que son procès en appel vient d’avoir lieu et qu’un jugement est
en attente pour une expertise bidon ayant conduit à l’internement d’un
commerçant allemand et qui a valu une condamnation au psychiatre en
première instance.
Après les psychiatres Joseph Biederman et Thomas Spencer, c’est au tour
du psychiatre allemand Hans-Jürgen Möller d’intervenir au 9e congrès
mondial de psychiatrie biologique. Ce congrès, véritable foire aux
psychotropes, se transforme malheureusement en tribune pour des
psychiatres hautement controversés et à l’éthique douteuse.
En Août 2008, le tribunal de Münich a jugé que le Professeur Möller
avait violé ses obligations concernant le maintien du secret
professionnel à l’égard du plaintif, Mr Eberhart. Le Professeur Möller
avait rendu une expertise sur la santé mentale de ce monsieur simplement
en récoltant l’avis de sa femme et en l’observant “en cachette” sur son
lieu de travail, sans lui parler ni se présenter. Le Professeur Möller a
affirmé plus tard que de toute façon, “quand je regarde dans vos yeux,
je peux voir que vous êtes malade mentalement”. Un exemple édifiant de
l’absence de toute rigueur scientifique chez ce praticien.
Monsieur Eberhart avait dû fuir en Suisse pour échapper à un internement
forcé jusqu’à ce que la justice lui donne raison.
Ainsi, ce psychiatre est intervenu en tant qu’expert lors du congrès de
psychiatrie biologique qui a lieu actuellement à Paris, sur le thème
même qui lui vaut ses soucis judiciaires, à savoir l’élaboration des
diagnostics à partir de l’observation clinique.
Cela jette de sérieux doutes sur le sérieux de ce congrès. Le cas de
Monsieur Möller ayant été largement médiatisé, il est difficile de
croire que les organisateurs n’étaient pas au courant. Ces derniers,
avertis des faits par une requête de notre association, n’ont pas encore
répondu.
Rappelons que d’autres psychiatres controversés ont parlé au cours de ce
congrès qui s’achève le 2 juillet.
Joseph Biederman, chef du programme de recherche en psychopharmacologie
pédiatrique à Boston aux Etats-Unis aurait touché, entre 2000 et 2007,
1,1 million d’euros directement de laboratoires pharmaceutiques mais
n’en aurait pas averti ses autorités universitaires, ce qui est
contraire à la loi et à l’éthique professionnelle. Il se retrouve sous
investigation par le Congrès américain et l’institut américain d’enquête
pour la santé en raison des conflits d’intérêt qu’il a omis de signaler.
On considère que la campagne de promotion qu’il a menée pour populariser
le diagnostic de “bipolaire” pour les enfants a largement contribué à la
forte augmentation du nombre d’enfants sous psychotropes, et plus
particulièrement sous antipsychotiques, les plus puissants de ces
“médicaments”. 2,5 millions d’enfants américains prennent ce type de
drogues psychiatriques. D’après des documents présentés à la Cour et
récemment publiés, il semblerait que Biederman aurait promis au
laboratoire Johnson et Johnson avant même de mener son étude que
celle-ci allait prouver que leur drogue Risperidone était efficace sur
les enfants en bas âge. Biederman a animé lundi à Paris une conférence
ayant pour thème “le TDAH (hyperactivité) chez les adultes”.
Le docteur Thomas Spencer, collègue de Biederman à Boston et Professeur
associé à la célèbre Harvard Medical school aurait lui aussi “oublié” de
déclarer 710 000 euros reçus de la part de laboratoires entre 2000 et
2007. A Paris cette semaine, il animé plusieurs séminaires, également
sur “le TDAH chez les adultes”.
Pour toute information, contactez CCDH au 01 40 01 09 70 ou au 06 82 88
76 03.